Depuis mon retour à Rio, j’ai l’impression d’être la victime d’une malédiction.
Rien de bien grave en réalité. La principale difficulté était déjà d’y arriver. Ce n’est pas passé loin de la scoumoune totale dès l’aéroport. A 5h du matin, au contrôle des passeports. Je vois l’agent de la police fédérale scruter son écran pendant de longues minutes. Il appelle alors le superviseur, qui à son tour regarde l’écran, puis me fais signe de le suivre. Pas bon, ils ont vu quelque chose : si c’est que je me suis posé au Brésil depuis un moment, je suis dans le prochain vol pour la France. J’avais pourtant repassé la frontière avec ce même passeport sans problème.
Il regarde à son tour son écran, puis me dit : vous aviez une amende à payer ? J’acquiesce (cf. post sur Recife). Il imprime des formulaires et me montre que je dois payer environ 170 R$. Je dois les payer à la Banque mais elle n’ouvre qu’à 8h. Je propose de payer cash. Après une longue attente, un autre agent revient finalement avec la monnaie et les tampons. Je peux repartir !
On est alors jeudi, je trouve enfin mon nouvel appart avec mes coloc péruviennes et brésiliens. Mais en revenant de soirée, je retrouve l’appart éclairé aux bougies. Ils ont coupé l’électricité car les factures n’ont pas été payées par le proprio. Et maintenant depuis 5 jours déjà. On descend à la réception pour recharger les portables, le frigo daube les aliments pourris, et on s’éclaire à la lampe du couloir (qui reste bloquée par un astucieux système) pour lire.
J’apprends aussi que l’appart va tourner en une fabrique de pains avec une employée de 9h à 18h, que la moitié de la cuisine va être cassée pour la fabrique. On voit déjà les machines à pains géantes de la cuisine qui à l’ombre de la bougie se transforment en machines de torture.
« J’ai pas l’électricité depuis 5 jours et mon appart se transforme en une fabrique de pains » ça ressemble à une blague non ? au moins on aura bien ris de la situation avec les colocs péruviennes et américain.
Autre anecdote: hier je suis parti surfer au meilleur spot à 1h de bus de copa, je suis parti à 7h du mat. J’ai à peine pris 5 vagues (ou plutôt bu 5 fois la tasse) que mon leech pète! plus qu’à rentrer à la maison!
Ma chance aurait-elle passé ? Je vais jeter le kopeck russe que m’avait donné une copine russe à Paris, qui soit-disant devait porter chance… Pourvu que ça dure… pas!
Un échantillon des choses qui m’ont marqué lors de mon mois passé en France, après mon grand séjour brésilien :
Dans les villes, les rues paraissent vides, les gens s’habillent en noir et sont peu souriants.
Les dimanches sont morts.
Les dimanches au Brésil sont toujours animés : une feijoada (plat national à base de feijao, flageolet rouge) dans une école de Samba, un match de foot à Maracana, une soirée funk jusque tard dans la nuit (je me demande comment ils commencent leur semaine…
100 € pour un aller-retour Aix-en-provence Lyon en TGV : la moitié de ce que j’ai payé pour faire Sao Paulo – Buenos Aires en avion
La rapidité du TGV (tout de même)
Les voitures s’arrêtent aux passages piétons (enfin à Manosque seulement). Les gens laissent sortir de la ram du métro avant d’y rentrer (à Paris aussi…)
SSSHHH - The captain speaking : Rio de Janeiro, 10th of June. The local temperature in Paris is 12°c SSSHHHH
Les 12°c à Manosque aussi. Et la pluie en plus (encore au 15 juin).
L’hiver à Rio était plus agréable.
Le jour jusque quasi 22h.
A cette époque à Rio, les gens partent de la plage à 16h, le soleil se couche vers 17h.
J’ai aussi eu ma petite turista en France. A croire que pour mon organisme je suis maintenant un touriste en France. Il n’est sans doute plus habitué aux bactéries du cheese.
Plus de chances de se faire casser la gueule au centre de Paris (par un reubeu – ceci n’est que mon expérience de deux faits réels indépendants, loin de moi l’idée raciste de généraliser - ou c’est à partir de combien de faits ?) que dans les favelas à Rio.
La difficulté de trouver un café internet ou une épicerie en marchant dans Paris.
J’ai plus d’assurance, je garde mon sang froid dans des situations où j’aurais pu être craintif auparavant. Par exemple quand je fermais les volets la nuit, j’avais peur de me faire attraper le bras par un mutant, maintenant je pourrai regarder le mutant droit dans les yeux quand il m’attrape le bras.
La faible qualité du service : attendre le garçon dans un café et subir une remontrance de sa part lorsqu’on manifeste de l’impatience.
Au Brésil, à peine la dernière gorgée de bière est déglutie que le garçon apparaît magiquement pour proposer un nouveau verre.
Pas d’attente aux caisses de supermarché en heures creuses.
La fila est un des passe-temps favoris des Brésiliens, quel que soit l’endroit. Fila est synonyme de succès. Pas de fila est suspect, les gens préfèrent aller là où il y a queue.
Le patrimoine architectural : à Paris, Lyon, Marseille, de superbes bâtiments anciens à presque tous les coins de rue en centre-ville.
Les cabines téléphoniques fonctionnent.
Les grands repas de l’apéritif au café, en passant par le fromage et le vin naturellement.
En reportant mon vol retour vers le Brésil, j’ai pris le temps de goutter à l’été français, avec entretiens pro, paperasse administrative, mais surtout des retrouvailles avec la famille et les amis dans un parfum de vacances, à Manosque et dans les 3 grandes villes de France.
Manosque
Je suis resté un moment à Manosque, dans la tranquillité de la petite ville provençale avec mes parents. Piscine, vtt dans les collines, repas en terrasse et de bonnes nuits que rien ne vient perturber, la retraite idéale. On y vraiment bien, c’est juste presque…trop paisible !
La région est par ailleurs réellement magnifique. Nous nous sommes baladés dans les villages de Gordes et de Roussillon, à l’abbaye de Senanque, au lac d’Esparron-sur-Verdon. Des couleurs ocres, bleues, des champs de lavandes, des bâtisses anciennes… allez ça vaut bien une jolie plage brésilienne.
Gordes
Roussillon
les ocres de Roussillon
Lyon
J’ai repris le Vélov (précurseur du Vélib), me suis prélassé sur les terrasses en guinguette de Saône et sur les péniches du Rhône et j’ai revu les potes avec un grand plaisir, comme avant.
quais de Saône
Lyon est une ville agréable à vivre, jolie et bien aménagée, une ville où on peut se poser un moment. J’ai apprécié mes 5 années ici, même si ce fut plus longtemps que ce que je pensais. Je voulais découvrir d’autres terres. A défaut de partir, il existe au moins une dimension internationale à Paris que Lyon n’a pas. J’ai finalement eu plus de contacts en 5 mois au Brésil qu’en 5 ans à Lyon (avec comme occupation principale de voyager et rencontrer des gens, je reconnais… !).
Maintenant je sens que je ne pourrais plus vivre ici, je n’y suis plus chez moi. Je trouve que la ville est assez vide et inanimée. Je me suis senti un peu décalé en parcourant les rues commerçantes chics près de la place Bellecour. Il faut bien le reconnaître, je ne suis plus fashion (j’ai pas dû l’être très longtemps avant de toute façon…), et comment peut-on claquer tant de pognon dans des fringues ? Les occupations des cariocas ne sont sans doute pas moins futiles mais il existe au Brésil une joie de vivre et un bouillonnement que j’apprécie. J’avais l’impression que les rues étaient vides, comme si ‘il manquait d’animation
le crayon
Marseille
Arrivé à Saint-Charles, en haut des marches de la gare où on aperçoit la Bonne-Mère, j’ai senti l’euphorie de retrouver Marseille
Marseille, une ville où j’ai passé deux années plutôt studieuses en prépa. Je n’ai pas gardé beaucoup de contacts de cette époque, mais je retourne régulièrement à Marseille pour voir mes deux sœurs.
Ce fut un week-end bien animé sous le soleil marseillais : fête de la musique, fête du Panier (pas comme la fête du slip ! le Panier est le quartier historique de Marseille, à côtier du Vieux-Port), Massilia freestyle cup (funboard, skate…, avec la bande de riders de ma petite sœur) et demi-finale de la coupe de France de rugby pour ajouter de la couleur. Pour l’occasion, les potes de l’époque lyonnaise étaient là!
les potes Lyonnais à lavant-match de rugby Montferrand-Perpignan
Le soir de l’été, on s’est tous rendus à la fête du Panier, une fête populaire dans la rue comme je l’aime. La fête du Panier c’est un peu comme tous les vendredis soirs à Lapa (un quartier de Rio de Janeiro).
le Panier à Marseille
J’ai terminé ce week-end marseillais en beauté par une ballade en famille dans les Calanques, jusqu’à la crique de Sugiton.“Mais qu’elle est belle, Mais qu’elle est belle mais qu’elle est bleue, oh moi ça me rend heureux !” (Massilia Sound System)
la calanque de Sugiton
Paris
Paris ! Combien de photos vues de potes brésiliens avec la tour Eiffel, combien d’éloges sur la superbe ville de l’amour, et …combien de plaintes sur l’amabilité des Parisiens !
Paris est fascinante, je ne me lasse pas de m’y balader à pieds tellement la ville est belle et riche en découvertes. Et cette agitation de touristes du monde entier en ce début d’été me plaît bien.
A Paris on a toujours du monde à revoir, amis comme famille. Et par hasard, une grande semaine de rendez-vous parisiens était organisée par le couchsurfing : une fête dans le métro, - dans la ram-même du métro - avec bousculade et renversements de verres à chaque demi-tour, un pique-nique sur les quais de Seine en Salsa, une soirée dans un grand appart’ à Palais Royal et au Pont des Arts. J’y ai revu des amis Brésiliens et Français connus au Brésil et rencontré d’autres voyageurs. Une réussite !
gay pride a la bastille
subway party!
quais de Seine avec amies do Brasil
Télévision – intervention n°2
En passant dans un café internet à Paris, une équipe de télévision m’interpelle et me demande si je peux écouter le nouvel album de Carla Bruni, disponible à l’écouter gratuite en ligne ce matin et dire ce que j’en pense. Je n’étais vraiment pas au courant de cet album mais j’accepte. J’écoute rapidement 2-3 chansons. Je reconnais que c’est mélodique, léger et agréable (c’est vrai, on fait pas de politique là !), mais je ne suis pas fan et je ne l’achèterai ni ne l’offrirai en cadeau. Je reçois le lendemain un email d’un pote disant m’avoir vu au journal et d’un cousin qui me taxe de faire la promo de l’album de la 1ère dame. Je vais sur le site de France 2, en effet je suis bien là. Il semblerait que je me sois rendu dans un café internet spécialement pour écouter ce nouvel album, que je savais disponible en ligne, et que je le trouve agréable et mélodique. En effet ça ressemble à de la promo ! Ma 2ème expérience de la télévision : encore une fois ils ne retiennent que la partie qui les arrange et en maquillant le contexte réussissent à faire passer un message différent de celui initialement délivré. Oui les médias sont sacrément manipulateurs, il faut toujours être critique vis-à-vis des informations qu’on nous donne !
En résumé, ce mois passé en France aura été très riche. J’ai fait le plein de moments avec la famille et les potes, vu des superbes, fait mes réserves de pinard et de cheese, j’ai de la France dans la tête, le cœur et le ventre, je peux repartir au Brésil.
Je suis revenu en France de façon un peu précipitée pour les funérailles de mon grand-père. C’était un choc même si je le voyais rarement et que les dernières fois, Elsheimer n’aidait pas au dialogue. Je n’ai plus de grand-père. J’ai donc retrouvé la famille dans les Ardennes, autour de la table familiale où on faisait des repas gaufres tout petits (cette fois c’était Maroilles et Gevrey-chambertin 1983, hé oui on rigole pas en famille…). J’ai fait un tour dans la ferme, les étables vides où les vaches s’agitaient, la grange à foin où on faisait des tunnels, le grenier où on fouillait les vieilles affaires. Des Noël animés et des étés dans la nature avec les cousins, beaucoup de bons souvenirs d’enfance sont liés à Novion et bien sûr à Mamie et Grand-père. Il était souriant, blagueur, irrévérencieux et aimait nous laisser des petits cadeaux, des cailloux dont je faisais la collection à la bouteille de prune lors de mon dernier passage.
Il ne voulait pas d’hommage et finalement je lui en fais un à ma façon sur internet. Il va se retourner dans sa tombe. Enfin non, il a été incinéré… Bon il ne m’en voudrait pas de cet humour noir, voir cendre, lui qui m’appelait ThomassAndré (paraît-il que j’avais les cheveux cendrés, et mon 2ème prénom est André comme le sien), l’humour et la dérision étaient ses credo.
Je me rappelle ce bouquin « spermwars » (désolé pour la référence, c’était après mon opération à l’épaule, j’avais du temps…), un livre pseudo-scientifique où il est expliqué que le sexe gouverne le monde, que ce que l’on fait consciemment ou non y est lié, dans le but suprême de laisser ses gènes à la postérité pour perpétuer l’espèce. Bien sûr faire beaucoup d’enfants ne suffit pas, il faut leur donner l’environnement favorable afin qu’ils aient eux-mêmes une descendance, etc…
En étant agriculteurs, Mamie et Grand-père ont eu 6 enfants, tous chefs ou ingénieurs, une vingtaine de petits-enfants beaux et intelligents (haha, j’en suis l’exemple parfait non ? pouet pouet) et la 4ème génération est déjà là. Il y aura de plus en plus de gènes du Grand-père, avec de plus en plus de blagues et de rigolades dans le monde, des milliers de descendants… jusqu’à ce que la Terre explose d’une bombe atomique (ce sera peut être juste des centaines alors).
J’ai déjà mentionné plus d’une fois ce projet couchsurfing, un site internet permettant aux voyageurs de rencontrer les habitants. Plus précisément, d’après les termes du site, le but du CouchSurfing est de « rapprocher les personnes et les lieux dans le monde, créer des échanges de savoir, élever la conscience collective, diffuser la tolérance et faciliter la compréhension interculturelle », tout simplement pour «contribuer à créer un monde meilleur » (wiki)!
Soyons honnête, le CS c’est avant tout pas mal de teufs, j’ai pas vraiment eu l’occasion d’intéresser mes interlocuteurs étrangers sur les “Chevaliers paysans de l’an mil au lac de Paladru”. On apprend comment tu dis “tchin tchin” dans ta langue? ou plus marrant, “cocorico” (c’est kikeriki en Allemand, kuckelicu! en Norvégien). On balance les montagnes de clichés qu’on a sur les autres. Des fois, on se rend compte que c’est faux, et là on s’ouvre l’esprit. Je peux me targuer d’avoir été un bon ambassadeur pour la France, juste en me lavant plus d’une fois par semaine, en parlant anglais et en ne fumant pas. Tenez, regardez cette vidéo sur The End of the World (merci Vibha, ma petite américaine du CS! ), oui désolé c’est en anglais (et WTF ça veut dire what a fuck, ne me remerciez pas d’enrichir votre anglais…). On y voit bien sûr un Français qui porte un béret et la moustache, ainsi qu’une Française chic qui fume avec une touffe de poils sous chaque bras (oui Mesdames, j’ai aussi affirmé qu’il n’en était rien en France).
Entre parenthèses, qu’en Angleterre j’entende ces conneries sur les Français sales, je comprends, ça date sans doute de l’époque de Louis XIV, où on se parfumait sans prendre de bains. Mais que je l’entende partout où je vais, je comprends moins (surtout d’un pays colonisé par les Portugais… haha peut-être plus pour la touffe sous les bras celui-là)!
Anyway, j’ai pas mal couchsurfé depuis que je suis au Brésil. J’ai discuté, visité, festoyé avec des couchsurfeurs du monde entier. L’échange interculturel était vraiment là, et - j’ai été sévère- le CS offre autant de visites culturelles que de fêtes. Je me suis fait de vrais amis, des contacts de voyages, des expériences uniques comme le carnaval de Salvador de Bahia avec une douzaine de Csers à la maison d’Ericson. J’ai par exemple aussi rencontré semaine dernière un Islandais à Rio de Janeiro, je n’en avais jamais rencontré avant en Europe! C’est le type d’opportunités qu’offre le CS.
1ère rencontre nationale du couchsurfing au Brésil
Une rencontre nationale du CS a été organisée fin mai à Belo Horizonte, la capitale du Minas Gerais située à environ 7h de bus de Rio. Au programme : discussion, visite et fête haha, tudo de bom!
Le 1er jour, un rallye était organisé dans la ville. Type d’épreuves : faire le YMCA (chorégraphie selon la fameuse chanson des village people) avec un groupe de 7 inconnus, surfer le canapé d’un inconnu,
ou aller dans une piscine avec de l’eau jusqu’à la taille. Il y avait un bonus spécial pour chaque personne prise en photo à poils dans la piscine. Les 5 gars de l’équipe l’ont fait (haha la photo circule pas sur internet, c’est pas moi qui vait la lancer! enfin on devine clairement le dos tout bronzé et les fesses toutes blanches du gringo dans le lot). Résultat : un jackpot qui nous a permis de remporter le rallye! En récompense, un super dîner et de la bière. Finalité : dis papa, montrer son cul pour boire une bière, c’est comme ça que ça marche la vie??
Le 2ème jour était organisée une visite d’Ouro Preto, une mignonne petite ville qui a conservé son patrimoine du XVIII è siècle, à l’époque où les mines d’or étaient exploitées. D’ailleurs en 1789, galvanisés par le mouvement de liberté mondial et surtout Français, ils ont aussi eu leur petite révolution. Un certain Tiradentes (arracheur de dents) a mené la conjuration mineira pour se révolter contre l’impôt imposé par l’oppresseur Portugais et aller vers l’indépendance. Il a été arrêté, écartelé, ses membres et sa tête dispersés et exposés dans tout Ouro Preto. Moins de chance que ses cousins Français.
La soirée de cloture est une “mad hatter’s party”, soirée déguisée avec chapeau obligatoire. Fun! (Joli tête de —- Mel, euh quant à moi, je reconnais ne pas avoir trouvé le casque gaulois, je m’en repends surtout maintenant que je rajoute ce texte au lendemain de la victoire italienne, après avoir vu des **** de supporters italiens avec ce même casque romain)
Tant que je parle du CS, une autre chose que j’ai réussi à faire grâce au CS : passer à la télé !
Mon ami de Sao Paulo Alberto m’avait invité chez lui pour participer à un reportage sur le couchsurfing. Je jouais le rôle de l’invité ! c’est toute une équipe de télévision qui envahit l’appartement avec caméras, projecteurs, micros…impressionnant !
L’émission est bonne, mais je suis juste… ridicule ! ils ont tout coupé sur mon expérience du couchsurfing snif snif et m’ont collé l’étiquette de « thomas, aime surfer le canapé des autres gratuitement » ! c’est ni moi ni l’esprit du CS ça ! M’enfin au moins j’ai le plaisir de croiser des potes qui me disent « hé, je t’ai vu à la télé ! »
Mai 2008, plus de 6 mois après mon arrivée au Brésil, 2 ans après ma 1ère visite au pays, près de 30 ans après ma naissance, 40 ans après mai 68.
Aujourd’hui j’ai regardé cet épisode de lost (saison 1, j’ai un peu de retard) où jack ne réussit pas à sauver boone. Le gars est complètement amoché, il crache du sang, mais jack après une série d’opérations décide quand même de lui couper la jambe car il pense que c’est la seule chance de le sauver. Sauf que boone lui demande de le laisser partir. C’est fini, c’est évident, même jack au fin fond de lui devrait le savoir. Et on remonte le temps à l’époque où jack va se marier, où il a des doutes sur son engagement et ses possibles défaillances, où son père lui explique qu’il ne sait pas lâcher prise et qu’il devrait rester tranquille.
Je me suis senti proche de jack cette fois. Sur le reste, il faut bien le reconnaître, j’ai pas grand-chose à voir avec lui. A part peut-être cette (légère) ressemblance qui a poussé mes parents à laisser une photo de télé z de matthew fox sur la commode ;). Fait avéré lorsque le site my heritage révélait que l’acteur qui me ressemblait le plus était ce même matthew avec une concordance de 94%. Je ne m’en plains pas, c’est pas Michel Blanc.
Passe pour la ressemblance de visage. Après, le reste du corps c’est déjà difficile (mais je fais des exercices à copacabana tous les jours depuis 2 semaines). Sinon, être un héros sur une île déserte (merci Sylvia ), je me bats certes courageusement en terre étrangère pour mes idéaux et sans repères mais je ne sauve pas grand monde si ce n’est mes envies, et d’ailleurs je n’ai pas tellement envie qu’on vienne me chercher. Je ne prétendrai donc pas à une ressemblance de caractère avec jack. Sauf celle-là : tant qu’il y a la moindre chance, je suis là, j’insiste. Je refuse la défaite, parfois lorsqu’il est évident qu’il faudrait lâcher prise.
Je m’étais dit avant de partir, on va consommer les 6 mois de visa de tourisme, essayer de s’installer en trouvant un job et voyager, découvrir le Brésil. Les 6 mois écoulés, si la 1ère partie ne fonctionne pas, j’aurais au moins bien profité de la 2nde et il sera temps de rentrer. J’ai pourtant raté mon avion fin mars dernier. Plutôt j’ai réussi à reporter le vol sans frais (coup de bol) et à régulariser ma situation de touriste au Brésil (2ème coup de bol). Hé oui, je ne suis pas prêt à rentrer en France maintenant. Je reste au Brésil. Jj’en profite encore et toujours. Mon expérience de voyage me pousse encore plus à penser que la vie c’est ici et maintenant et qu’il ne faut pas attendre.
La ville de Campos do Jordao est située à 3h de bus à l’intérieur Sao Paulo, dans la Serra Mantiqueira en altitude. Je décide d’y aller prendre un peu d’air – frais- de la montagne un week-end avec une amie paulista. En descendant du bus, le contraste est en effet saisissant. Le panneau d’information affiche 7°C, mon record de froid au Brésil.
On se dirige vers Capivari, le centre touristique. Avec ses imposants chalets en colombage Capivari ressemble étonnamment à un village suisse. Il s’agit avant-tout d’un modèle importé par les colons allemands. Les toits ultra-pentus ne présentent cependant pas grand intérêt ici où il ne neige jamais.
Il semble difficile d’obtenir un hébergement bon marché ici. Il est déjà tard, on ne veut pas trop marcher. On trouve un hôtel avec du charme (la Bretagne, m’enfin c’est juste pour le nom en français, c’est chic), tout en bois avec des petites chambres bien aménagées. Pas de chauffage, je me glisse sous trois couvertures.
On fait un petit tour organisé dans la commune de Campos. On s’arrête à une cascade aménagée plutôt modeste (je deviens un spécialiste de la cascade brésilienne et celle-là n’est pas vraiment un hit). Le « petit train de la joie » sillonne sous la pluie sur les routes en lacets, au passage desquelles le guide nous montre les superbes priorités de tel chanteur ou de telle actrice.
Nouvel arrêt à une chocolaterie. Tiens, super l’écureuil, une bonne occasion de faire le touriste, allons-y.
En fin d’après-midi, on parcourt Capivari. Les chocolatiers sont légion (j’avoue préférer le chocolat européen, voire mieux le belge !, le chocolat brésilien est toujours au lait, un peu fade), les boutiques de luxe se succèdent le long des petites rues. Campos do Jordao est connue pour son chic « suisse », où les Paulistanos aisés se rendent le week-end, particulièrement l’hiver, pour déguster une fondue, ou une bonne bière allemande (14°, ça réchauffe autant qu’un chocolat chaud !)
Le lendemain, nous grimpons dans le train qui relie la ville a Santo Antonio do Pinhal dans la vallée. La ligne ferroviaire avait été créée à l’époque des épidémies de choléra pour permettre aux malades de la vallée de venir se faire soigner dans les hospices de Campos, les meilleurs hôpitaux de la région. La ligne est la plus haute du pays, passe jusqu’à plus de 1700 m d’altitude (on remarquera cependant que les lobbies automobiles et les vendeurs de camions ayant réussi à empêcher le développement du train au Brésil, le nombre de lignes ferroviaires est bien limité). Le train traverse de jolies forêts d’Araucarias embrumées. L’Araucarias est une espèce locale de pins très présente par ici, elle en est devenue le symbole de la ville.
Pour la vue, c’est un peu raté avec ces gros nuages. A la gare avant de faire demi-tour, on visite une serre d’orchidées, dont une espèce avec une odeur de chocolat ! (au lait fade).
Le plus étonnant que nous ayons vu à Campos surgit lors du voyage retour en train : un toucan ! mais que fait-il ici avec ses superbes couleurs vives, au milieu des arbres qui commencent à perdre leurs feuilles… (damn it ! pas de photo de ce spécimen)
Retour sur Sao Paulo. Un grand dépaysement. J’aurais réussi à avoir froid au Brésil. Ce sera mon approche de l’hiver européen pour cette année.
Le bureau de la compagnie Uruguay airlines ferme a 18h. il est à 12 pâtés de maisons (ici on raisonne en « blocos de ruas ») d’ici, ie 45 mn à pieds, environ 4 km. L’avenue Paulista est dégagée, en 15 mn de bus je devrais y arriver.
L’arrêt de bus. Deux bus immobilisés bloquent le trafic. Ils s’embrouillent, parce que l’un voulait pas laisser passer l’autre ou l’inverse. On doit attendre l’intervention des flics en moto pour qu’ils repartent. J’ai de la chance, mon bus est déjà là. 17h25, c’est encore tranquille.
17h40- le bus a avancé de 100 m. la file de bus est ininterrompue, les 3 files de gauche sont libres mais il semble qu’il leur soit interdit de doubler les autres bus. Je tapote du pied nerveusement. Les piétons nous dépassent.Je lâche un « deixa descer motorista » et je prends la paulista à pied. Heure de sortie des bureaux, travaux sur l’avenue. Je piétine.
18h05 -je suis au numéro 2612, je dois arriver au numéro 368. Je sais déjà comment ça va terminer : je vais arriver 5 mn trop tard avec une rage à chouter dans la vitrine (et en tong ça fait mal).
J’abandonne. Je retourne chez moi un peu vénère. Au croisement avec l’Augusta, je passe devant le Charm, un boteco d’alcooliques qui n’a rien de charmant. Ya de la place pour moi. Je suis en sueur. Je m’installe en terrasse, prends une bière. Je regarde les gens passer. La plupart sont pressés, ça doit être l’effet capitale. Ils sont tous bien fringués, l’usage du costard est sans doute plus répandu qu’à Paris. La classe, ou presque : avec le costard va toujours un sac à dos miteux, c’est l’ensemble de travail du Paulistano.
Un clodo passe, il commence à déplier une boîte en carton entre ma table et la table du voisin. C’est bien le recyclage mon gars. Je suis absorbé par la vision des buildings immenses qui m’entourent. La table bouge, deux fois. Non, c’est pas du recyclage, ou une autre forme : c’est un lit. Le clodo s’est posé là pour pioncer. Les gens passent et observent le gars par terre avec condescendance, parfois avec dégoût. Deux hélicoptères m’attirent vers le ciel ; des hommes d’affaires qui vont de sommet de tour à sommet de tour. Il faut reconnaître qu’en bus ils ne seraient pas arrivés de si tôt…
Une dizaine de minutes plus tard, le serveur arrive. Il donne des petits coups de pied au clodo : « Tu peux pas rester la mon frère, va t’allonger plus loin ». C’est vrai que c’était gênant, j’en avais du mal à avaler ma bière. Le gars se lève, somnolent, demande de la monnaie au gars de la table d’à côté, se fait jeter. Il passe devant moi, ne me demande rien. J’ai pas la tête de la bonne poire pour une fois. Il traverse la rue, reste debout, immobile, tel un pilier de pont dans ce flux de passants. Sauf qu’il ne soutient rien le gaillard, tout juste lui-même, il a du mal à tenir debout.
Je repars vers la maison. Je revois notre ami plus loin, par terre, et sans le carton cette fois. A deux pâtés de l’appart j’aperçois une petite enseigne « Le blue boy –pub » [non les gars, pas le fucking BB…]. J’ai du mal à y croire. J’entre par curiosité. L’endroit est plutôt sympa. Le barman vient vers moi, me sert la main : « bienvenue, je suis Rafael. Et toi, tu joues de la flute ? » [quoique… bon, seule la 1ère partie de la phrase est vraie]. Liverpool vient de gagner en champion’s league. Deux brésiliennes au maillot anglais sont à côté de moi. Je discute un peu avec elle, c’est curieux tout de même. Enfin pourquoi pas. Ya du progrès à faire avant de voir des brésiliennes porter le maillot de l’om ou de lyon. La guiness est à 17 reais la pinte. C’est plus cher qu’en France. La Saint-Patrick n’est que ce week-end. Je prends une caipirinha.
19h30 - L’appart . Je m’affale dans le sofa. J’ai presque passé deux heures à marcher, sans réussir à obtenir mes billets. Du gâchis. Ou du voyage urbain. C’est Sao Paulo.
Le retour de la pluie, des embouteillages, du bruit, de la foule. Sao Paulo me déprime.
Avec Débora ça ne marchera pas. Les réalités géo-travailliques avaient posé leurs conditions. Plus de deux mois de voyage ne nous ont pas rapprochés. L’amour part. Le Brésil est toujours là sous mes pieds. Je pars pour Rio.
Rio de Janeiro, a cidade marvilhosa. On avait fait un voyage à Rio avec Débora en octobre 2006, j’avais adoré. A Rio, tout est exagéré et quasi chaotique. Des monts, des lacs, des plages. Vu du ciel, l’implantation d’une agglomération de 6 millions d’habitants dans ce décor semble être une folie. C’en est sûrement une, mais elle est merveilleuse.
La comparaison Rio-Sao Paulo / Marseille-Paris semble judicieuse. En taille de ville, en climat, présence de la mer, caractère des gens. Les cariocas et les paulistas ne s’aiment pas vraiment, et ce n’est pas dû qu’au football ; ils sont bien différents. Les cariocas parlent plus, sont plus avenants. Les filles sont moins conformistes, elles ne détournent pas le regard dans la rue. Peu m’importe le cliché du nord froid mais ami fidèle et du sud sympathique mais superficiel. En un an en Angleterre, qu’aurais-je gardé comme contact… ? Un Suisse ! On vit le présent ! S’il faut plusieurs années pour se faire plaisir à communiquer dans un monde où tout évolue aussi rapidement, on s’amuse mieux avec les machines, et c’est parfois ce qui se passe.
Je loge chez Nattan, un pote de voyage, à l’Arpoador, soit entre Copacabana et Ipanema, on chantonne rien qu’à l’écoute de ces noms mythiques. Ce sont des quartiers aisés, même si les favelas ne sont pas loin. A Rio, riches retraités et gamins des favelas se côtoient, à la ville comme à la plage. Naturellement on n’emporte rien à la plage, surtout quand on est seul. Je pars pour Copacabana en short de bain, sans tongs. A Itacaré, un miseravel avait osé voler mes havaianas usées de 4 mois de pérégrinations, laissées sur la plage alors que je faisais du surf. Et on est bien comme ça simplement en short se baladant dans les grandes avenues qui longent les plages. Ça ne choque personne. Un surfeur passe en courant de temps à autre. A la plage, de nombreux cariocas courent, promènent leur chien ou font du yoga.
L’apparence du corps est importante, au Brésil, et plus ici qu’ailleurs encore. Je viendrai de nombreuses fois à la plage pendant ce séjour, pour faire un footing, batailler avec les vagues (les beachbreaks de Rio retournent bien !), ou discuter avec des amis.
J’aimerais rester dans une ville comme Rio où il est possible de travailler en se sentant en vacances…
Après le carnaval, j’ai continué ma route vers le sud, vers Morro de Sao Paulo, une presqu’île à deux heures de catamaran de Salvador. Encore un site avec des plages magnifiques (encore…) où se rendent les fetards pour continuer le carnaval, on appelle ça la « resaca » du carnaval, ie la « gueule du bois » de l’après carnaval. Et les pousadas comme les offices de tourisme arborrent fierement des banderoles avec prix ou fetes special « gueule de bois ». En bresilien ça doit faire moins con, mais ça les perturbent pas vraiment.
Mon voisin à la pousada « de la favela » comme le disent les copines argentines (on est en fait dans la rue à 50 m de la plage où résident les habitants, les pousadas a touristes se situant le long de la plage) est un Français etudiant à Buenos Aires. On passera 5 jours à Morro : bains et plongée dans les piscines naturelles (derrière la barrière de corail à marée basse), jeux de raquettes, footings, quelques bonnes fetes sur les hauteurs (Morro = mont) après une preparation caipirinha dans les pousadas avec des groupes d’amis argentins et italiens, du bon temps, como sempre !
“cause we’r here to have a good time, me and my negaz in the sunshine“
Le voyage vers Itacaré, qui ressemblait à 60 km à vol d’oiseau, se transforme en 10 h avec 2 bus et un taxi. Mais il en valait le détour. L’intérêt principal du Nordeste, ce sont les plages. J’en ai vu tellement de ces plages que je me pensais blasé à ne plus m’en émerveiller. Mais les dernières de mon trip m’ont bien bluffé ! Itacaré est un paradis du surf. Du moins pour ceux qui touchent… car ce sont des belles grosses vagues tubulesques qui ne permettent pas de tracer pépère, il faut directement prendre la tangente ou c’est la machine à laver. Après quelques bons nettoyages de sinus, on est repartis rincés vers notre maison, une jolie avec tout ce qu’il faut que j’avais loué –ça aide de parler portugais ! Un jour on est allés à Prainha, à 40 mn de marche dans la forêt, on découvre une petite baie ronde et généreuse protégée de falaises rouges et plantée de superbes palmiers (ouais com’ d’hab, j’ai l’ai peut-etre déjà écrit ça…). Vraiment la plus belle plage du Brésil pour moi ! le comble c’est que je ne pourrai pas vous la montrer en photo, on avait les planches, pas les appareils.
De retour dans le Sud, fin du grand voyage dans le voyage. Mes tongs sont usées, mon carnet d’adresses rempli, je suis bronzé comme je ne l’ai jamais été. Apres deux mois et demi de soleil je retrouve la pluie fraîche de Sao Paulo. Je suis revenu a temps pour le depart d’un couple d’amis franco-mexicain vers la France et pour le mariage d’un couple d’amis franco-bresilien qui vont également partir en France d’ici peu ! Dommage, si je reste à Sao Paulo, mes meilleurs potes seront partis ! C’est ainsi, rien n’est permanent, il faut s’adapter, c’est encore plus vrai à l’étranger. Maintenant je vais peut-etre penser au travail… ou pas ! J’ai croisé tellement de voyageurs qui partaient pour 6 mois ou 1 an, qui m’ont laissé des récits de voyage et des envies de découvertes d’autres horizons. Et j’y ai pris gout ! Voyage, France, Amour, Travail… il faut que j’organise tout ça… vamos la !