Publié par : tomadesailes | mars 14, 2008

Sous le soleil de Rio de Janeiro

Le retour de la pluie, des embouteillages, du bruit, de la foule. Sao Paulo me déprime.

Avec Débora ça ne marchera pas. Les réalités géo-travailliques avaient posé leurs conditions. Plus de deux mois de voyage ne nous ont pas rapprochés. L’amour part. Le Brésil est toujours là sous mes pieds. Je pars pour Rio.

Rio de Janeiro, a cidade marvilhosa. On avait fait un voyage à Rio avec Débora en octobre 2006, j’avais adoré. A Rio, tout est exagéré et quasi chaotique. Des monts, des lacs, des plages. Vu du ciel, l’implantation d’une agglomération de 6 millions d’habitants dans ce décor semble être une folie. C’en est sûrement une, mais elle est merveilleuse.

La comparaison Rio-Sao Paulo / Marseille-Paris semble judicieuse. En taille de ville, en climat, présence de la mer, caractère des gens. Les cariocas et les paulistas ne s’aiment pas vraiment, et ce n’est pas dû qu’au football ; ils sont bien différents. Les cariocas parlent plus, sont plus avenants. Les filles sont moins conformistes, elles ne détournent pas le regard dans la rue. Peu m’importe le cliché du nord froid mais ami fidèle et du sud sympathique mais superficiel. En un an en Angleterre, qu’aurais-je gardé comme contact… ? Un Suisse ! On vit le présent ! S’il faut plusieurs années pour se faire plaisir à communiquer dans un monde où tout évolue aussi rapidement, on s’amuse mieux avec les machines, et c’est parfois ce qui se passe.

Je loge chez Nattan, un pote de voyage, à l’Arpoador, soit entre Copacabana et Ipanema, on chantonne rien qu’à l’écoute de ces noms mythiques. Ce sont des quartiers aisés, même si les favelas ne sont pas loin. A Rio, riches retraités et gamins des favelas se côtoient, à la ville comme à la plage. Naturellement on n’emporte rien à la plage, surtout quand on est seul. Je pars pour Copacabana en short de bain, sans tongs. A Itacaré, un miseravel avait osé voler mes havaianas usées de 4 mois de pérégrinations, laissées sur la plage alors que je faisais du surf. Et on est bien comme ça simplement en short se baladant dans les grandes avenues qui longent les plages. Ça ne choque personne. Un surfeur passe en courant de temps à autre. A la plage, de nombreux cariocas courent, promènent leur chien ou font du yoga.

L’apparence du corps est importante, au Brésil, et plus ici qu’ailleurs encore. Je viendrai de nombreuses fois à la plage pendant ce séjour, pour faire un footing, batailler avec les vagues (les beachbreaks de Rio retournent bien !), ou discuter avec des amis.

J’aimerais rester dans une ville comme Rio où il est possible de travailler en se sentant en vacances…

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SANTA TERESA

Visite de Santa Teresa, le quartier bohème sur les hauteurs de Rio.

A l’arrêt du bonde, le vieux tramway, quelques personnes attendent. Un cliquetis de rail, le voilà. Il approche, il est là, mais… il ne s’arrête pas ! je cours et m’accroche au wagon. En fait, comme il n’y a pas de places assises, on peut rester suspendu sur les côtés sans payer. Le bonde grimpe dans ce quartier tranquille, on a des vues saisissantes sur tout Rio. Je descends au sommet et marche un peu dans les petites rues de pavés, avec des petits commerces et des cafés anciens.

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(source : http://picasaweb.google.com/paul88482005)

Au retour, je réitère l’expérience en prenant le bonde au vol, sauf que cette fois, même debout il ne reste plus beaucoup de places. Je me retrouve aux avant-postes. Je reste vigilant, il vaut mieux, car le bonde passe parfois bien près des murs ! Le summum de retour vers le centre là où le rail se situe sur les arcs de Lapa, un ancien aqueduc : en-dessous une 50aine de mètres de vide ; ça ne me préoccupe pas vraiment ; par contre même en me serrant le plus possible contre le bonde, mes tongs frottent de temps en temps le muret de protection, un petit écart de plus et il me casse les jambes ! Mais comme souvent au Brésil, ça passe près, mais ça passe…

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MARACANA

Ce soir, football au programme : Flamengo x Cienciano de la Copa Libertadores, l’équivalent de la Champion’s League en Europe, au stade Maracana. Maracana, le plus grand stade du monde. Il a accueilli jusqu’à plus de 200 000 personnes dans les années 1950, années fastes de Pelé et du Brésil champion du monde. Après rénovation sa capacité a été divisée par deux. Je vais acheter ma place dans l’après-midi. Le stade est en effet immense, il me faut une dizaine de minutes pour le contourner jusqu’à la billetterie. Deux gamins m’approchent au virage, me demandent de l’argent. Je refuse. L’un d’eux revient, insiste. Deux fois. Puis il sort un couteau, un petit couteau de cantine tout rond, et l’agite devant moi. Je le repousse. Ils auraient été cinq, j’aurais tout donné, rien ne sert de résister. J’obtiens la place. 30 reais pour le virage inférieur, c’est pas donné.

Le match commence à 22h. L’entrée du stade est animée. Je suis avec un groupe du couchsurfing. On pénètre à l’intérieur du géant. Immense. Impressionnant.

Mais un peu vide. Flamengo est la plus grande torcida du Brésil, voire le plus grand groupe de supporters du monde. Le stade n’est qu’à moitié plein. Peut-être du fait du prix élevé des places. Les clubs de fans ne sont même pas derrière les buts mais dans les quarts de virage supérieurs, assis, sauf bien sûr quand ça chauffe. Quand un but est marqué, il faut tout de même admettre que l’ambiance est chaude !

Mais il faut vite s’asseoir ! Un abruti me traite de vascaina parce que je lui bouche la vue (vascaiana, de Vasco de gama, c’est le club carioca ennemi juré de Flamengo…). Je m’en fous, j’aime autant Vasco d’ailleurs.

En plus, question ambiance, de ce que je connais, pas de quoi rivaliser avec le stade vél qui remplit ses 60 000 places quasi tous les matchs, avec des ultras (ou des MTP si vous voulez) debout torse-nu en folie !

Le match s’achève avec 2-1 pour le Flamengo. Les péruviens de Cuzco repartent sans points, mais restent à la tête du groupe. On part fêter la victoire à Lapa, le quartier populaire où l’on peut danser la samba comme le hip-hop.

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BANLIEUE DE RIO AVEC LU

Je pars vers le sud de Rio retrouver une copine, Lu, passer quelques jours dans une zone populaire. Le terminal de bus de Rio n’est pas au top. Beaucoup de types dorment par terre. Il suffit de lever la tête à l’ombre de l’impressionnant spectre de la favela pour comprendre. Un rabatteur m’indique qu’un van part maintenant pour ma destination et au même prix. Je le suis. Une heure plus tard, je descends du van face au garage de bus. Lu m’y attend, comme convenu. Les rues sont propres, avec des maisons modestes et des enfants qui jouent. On s’arrête à la maison de ses amis. Ils ont préparé le repas. Ils me montrent des vidéos de session de candomblé. J’étais curieux d’y assister à Salvador où ces rituels sont plus répandus. Ce sont des cultes afro-brésiliens où les orichas sont célébrés, sous la direction d’un pai ou mae do santo, le père ou la mère du saint, accompagnés par la musique et la danse. Le danseur entre en transe et se fait messager du dieu. Lu m’avait dit qu’elle y participait. L’ami de Lu m’explique que la cérémonie de la vidéo se déroule juste derrière la maison. Je le vois en effet sur la vidéo, tout comme Lu et toute sa famille. Des costumes blancs, des offrandes, et beaucoup de percussions. Le pai do santo a un gros boa autour du cou, un type au milieu fait la danse du serpent en transe. Pas l’air très cool l’oricha serpent ? Le prochain rituel a lieu samedi, j’irais bien.

En regardant ça, on mange, on boit de la bière, on rigole pas mal, ça dure tout l’après-midi. Je dors chez eux. Le lendemain je vois où habite Lu, elle me fait un tour du quartier. A la fin de la journée, j’ai du mal à reprendre le fil, en particulier de l’arbre généalogique. La tante, la cousine, le frère, et eux ce sont les enfants de qui ? Lu s’occupe de deux petits gars qui sont en fait les enfants d’une cousine décédée. Et les deux filles de sa sœur l’appellent maman parce qu’elle s’occupe aussi d’elles depuis qu’elles sont petites, la vraie mère partant travailler loin jusque tard. Lorsque je suis arrivé chez elle, j’ai vu toute cette marmaille, les conditions dans lesquelles ils vivaient, j’ai compris le poids des responsabilités qu’elle devait assumer et la difficulté qu’elle avait pour les assumer. Le sens de la famille…Quelles sont ses solutions ? Elle passera peut-être sa vie ici et ainsi. Elle a des copines dans l’impasse qui vont maintenant vendre leur corps aux touristes sans scrupules à Copacabana la nuit. Je peux pas les juger, je comprends.

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Lu passe un DVD de funk, c’est la musique des favelas de Rio, rendue populaire dans tout le Brésil après le film ‘Tropa do elite’ sur la police de Rio, qui vient d’ailleurs de gagner l’ours d’or de Berlin. La chansonnette Palapapapapapapapaaaaaaaaa… vous est peut-être déjà parvenue aux oreilles… Le funk, ça se danse plutôt sensuellement, le genre de danse que les gringos –et gringas- arrivent jamais à faire, sûrement dû à un blocage ethnique au niveau des hanches. Les Brésiliennes y arrivent très bien, dès toutes petites d’ailleurs…

On ira peut-être demain à un baile funk, ça doit être terrible.

J’ai reçu un email, je dois repartir pour le centre de Rio demain pour un entretien. L’entretien ne donnera rien, je rentre sur Sao Paulo. Tant pis pour le candomblé et le baile funk… la prochaine fois j’espère. Obrigado Lu


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