Je ne pouvais traverser l’Equateur, terre des volcans, sans programmer une ascension sur l’un des nombreux fascinants sommets du pays.
Le Chimborazo est le plus imposant, culminant à 6257 m, sommet le plus élevé de l’Équateur et point de la Terre le plus proche du Soleil (du fait de la forme ellipsoïde de la Terre). Atteindre ce sommet serait donc un fabuleux défi d’Icare.

l'approche du volcan
En me renseignant auprès des agences cependant, l’ascension du Cotopaxi, le second sommet, s’avère plus accessible et je réussis déjà à la programmer dans les deux jours, package avec nuit en refuge, tout l’équipement, la bouffe, ainsi qu’un guide particulier. Avec un peu de chance j’aurais pu diviser le prix du guide, mais le risque de devoir faire demi-tour en cas de trouage du partenaire est trop grand considérant l’investissement relativement faible. Restent toujours naturellement les risques des aléas météo…
On part en jeep depuis Latacunga. On retrouve un couple américain sur la route puis on emprunte le chemin cahoteux du champ de laves qui grimpe jusqu’au parking 200 m en bas du refuge. Il pleut pour l’instant, ce sera de la neige en haut. On se change dans une petite maison a coté du parking, l’air est déjà glacial. On est en début d’après-midi. L’ascension jusqu’au refuge est rapide, en environ une heure, mais l’altitude se fait ressentir, les jambes sont lourdes.

ascension jusqu'au refuge
Le refuge est tout blanc, il a bien neigé cette semaine. Les dernières expéditions n’ont d’ailleurs pas pu atteindre le sommet et certains sont restés au refuge un jour de plus pour tenter demain de nouveau, on annonce une amélioration météo.

les deux volcans Ilianes en fond, au clair de lune à minuit
On fait un petit entraînement basique dans la neige en cordée avec crampons, puis on retourne au refuge. On se « lèvera » à 23 heures, j’ai pas du me coucher avant cette heure là depuis un moment ! On va donc prendre un dîner vers 17h puis chercher quelques heures de sommeil.
Le refuge est au complet. On remarque en particulier un groupe d’une dizaine d’Allemands peu discrets. On va se coucher vers 18h. L’air est réellement glacial dans le dortoir à l’étage. Je mets toutes les couches dont je dispose et me glisse dans le sac de couchage. J’ai entendu quelques histoires sur les problèmes d’altitude. Un type de la même agence avait eu un mal d’oreilles incroyable toute la nuit et avait dû redescendre le lendemain. Un autre avait eu des problèmes respiratoires la nuit au refuge. On est ap

1er au sommet! le soleil se lève tout juste, il est moins de 5h
rès tout déjà à 4800 m, je dors au-dessus de l’Europe. Je me concentre sur mon corps pour essayer de ressentir d’éventuelles anomalies, mais tout va bien. Je peine un peu à dormir à cause des guides qui font du bordel dans la cuisine… et je suis anxieux de déjà partir ! Dès 22h15 les froufrous des combinaisons se font entendre. Je me lève à 22h30, j’ai quasiment pas dormi mais je suis excité, après tout mieux vaut partir en tête. On prend un petit-dej assez costaud puis on se lance à l’assaut du volcan. La lune éclaire légèrement le parcours, mais les lampes frontales sont indispensables. On est dans les premiers, et on passe en tête lorsque la première cordée fait une pause, après une heure. Jorge m’avertit que la neige tombée les derniers jours rendra l’ascension plus difficile. Mieux vaut ne pas donner des shoots pesants, le risque d’avalanches est assez élevé.
L’ascension dans la neige fraîche est en effet lente et fatigante, le temps ne passe pas rapidement, difficile d’estimer l’avancement dans ce paysage monotone. Mais les pauses régulières sont agréables, le ciel est dégagé, les étoiles brillent puissamment. On peut voir les lumières de Quito au loin. On continue l’ascension silencieuse, les points noirs en contrebas ont disparu, il semblerait que nos poursuivants sont loin, ou ont tout simplement rebroussé chemin. Le jour approche, on peut maintenant distinguer à l’horizon les pics des volcans voisins.
On va bientôt aborder la dernière partie, la plus pentue et naturellement la plus haute, la raréfaction de l’oxygène affecte. Quelques passages verticaux plus techniques. On passe. Allez, plus que 200 m d’ascension et on y est me lance Jorge.

levé de soleil au Cotopaxi

Ces 200 m sont terribles, je dois pousser mes jambes qui s’enfoncent dans la neige molle et je m’arrête en haletant tous les 20 m. Je termine quasiment en rampant. Au sommet je m’allonge pour récupérer. Un grand soulagement et une sensation incroyable, on est seuls. Je remplis mes poumons de cet air froid mais qui semble tellement pur.
La température est basse, un petit vent glace le visage. On domine le cratère du Cotopaxi en contrebas et une mer de nuages de laquelle émergent les volcans voisins. Le lever du soleil approche, le ciel devient rose et se reflète sur la neige. Une seconde cordée apparaît bientôt.
Je tire mes gants pour prendre des photos, mes doigts gèlent rapidement (je perdrai d’ailleurs la sensation au bout de 3 doigts pendant plusieurs mois…). On voit bien les volcans Ipiales et le Chimbo. L’ombre conique du Cotopaxi se projette sur les nuages, fantastique !

les Illizinas d'un coté, l'ombre du cone du Cotopaxi de l'autre
Les autres gars sont déjà repartis, Jorge me presse un peu. Vu les risque d’avalanche, il faut descendre vite, avant que le soleil ne tape le flanc Ouest du volcan.
On repart. La vue est plus dégagée de ce coté, on voit le champ de lave du volcan sur des dizaines de kilomètres, une vue vertigineuse qui me laisse bouche bée (mais pas longtemps, la langue gèle).

médusés devant ce spectacle vertigineuse

la descente, déjà

le majestueux Chimborazo
La descente est sans aucun doute bien plus tranquille. On croise quelques structures de glaces imposantes. La pente est par endroit très forte, on se laisse glisser piolet prêt a l’ancrage. On presse le pas, le soleil commence a apparaître, mais Joge me laisse faire quelques rapides pauses photo. On descend en un peu plus d’une heure et demie, je ne sens plus mes jambes à la vue du refuge. On retrouve les autres, certains se lèvent juste, il

première cordée au tournant
n’est finalement que 9h du mat. Je suis le seul de tout le refuge à être parvenu au sommet, gracias Jorge ! Le groupe d’Allemands lourds avait rebroussé chemin à cause du risque d’avalanches et tous les grimpeurs situés derriè
re avaient fait de même. La déception sur leur visage contraste avec ma mine fraîche, heureux d’avoir réussi le défi. Et les endomorphines font effet!

bleu blanc
Je me change, sensation agréable et légère après avoir tiré tout l’arsenal trempé de neige et de sueur. On redescend au parking puis on repart sur Latacunga. Le paysage désertique au pied du volcan est . Le soleil est franc. On donne un dernier au-revoir au géant. Dire qu’on était tout là-haut il y a quelques heures…
Une de mes premières expériences de haute-montagne et un des sommets de mon voyage. Je retenterai dès que possible !

We did it!